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Info 4 mars

 

« Traducteur pour la justice ? Une escroquerie »

 

INTERVIEW EXPRESS - LE SOIR

 
 

Un trafiquant de drogue d’origine lettone, interpellé jeudi dernier à Brussels Airport en possession de 4 kilos de cocaïne, a été libéré par la Chambre du Conseil de Bruxelles faute de traducteur. Lumière sur un métier indispensable à la justice et pourtant plombé par un manque récurent de personnel. José Emmanuel D’Hoore, président de l’Union professionnelle des traducteurs et interprètes assermentés, évoque cette problématique.  

La justice belge rencontre un manque d’interprètes juridiques, pourquoi ?

Ce n’est pas possible de vivre du métier de traducteur/interprète juridique actuellement. Les tarifs actuels nous forcent à la pauvreté. Le paiement se fait selon des catégories de langue. Les traductions de langues dites « courantes » comme le français, le néerlandais, l’italien, etc. sont les moins bien rémunérées : 8,40 euros (brut !) par page traduite et 34 euros par heure d’interprétation. En plus, nous sommes aussi soumis au tarif « attente » encore moins élevé. Nous sommes convoqués vers 9 h au tribunal alors que l’affaire n’est parfois traitée que des heures plus tard. Nous n’avons aucun pouvoir sur ce temps d’attente mais il nous empêche de prévoir d’autres rendez-vous. C’est une incroyable escroquerie. C’est par engagement social que je continue à exercer pour la justice.

En quoi ce manque de personnel menace-t-il la bonne marche de la justice ?

Le volet pénal de la justice n’existe plus sans les interprètes. S’il n’y a pas d’interprète, l’audience doit être reportée, parfois la personne est libérée faute d’interprète. C’est le cas du trafiquant de drogue letton arrêté à Brussels Airport. Chaque affaire reportée coûte cher à la société, bien plus cher que si nos tarifs étaient augmentés.

34 euros pour une heure d’interprétation, qui travaille à ce prix ?

Quand les services de police m’appellent au Limbourg, où j’habite, pour venir interpréter à Bruxelles, je peux vous assurer qu’ils ont déjà téléphoné à peut-être 50interprètes qui habitent plus près. Mais aucun indépendant ne peut se permettre de se déplacer pour 34 euros (brut) par heure. Mon déplacement de plus d’une heure me coûte plus cher que ce que je vais gagner pour ma prestation. Il n’y a plus de traducteur français-néerlandais à Bruxelles qui veuille travailler pour la justice. C’est invivable en tant qu’indépendant. Les tarifs des pays voisins jouissant d’un niveau de vie comparable sont nettement plus acceptables : l’Allemagne propose au minimum 70 euros/h pour les interprètes et minimum 1,55 euro/ligne pour les traducteurs (0,27 euro en Belgique).

Des améliorations ces dernières années ?

Depuis 17 ans que je fais ce métier, je n’ai remarqué aucune amélioration structurelle dans le secteur. Cela fait maintenant quatre ans que nos tarifs n’ont pas été indexés et nous sommes constamment payés en retard. Or, les traductions et interprétations juridiques sont considérées comme frais de justice urgents et devraient donc être payées immédiatement. Le ministre de la Justice, Koen Geens, prétend qu’il n’y a plus d’arriérés, mais c’est un mensonge. Personne ne parle des factures qui n’ont jamais été introduites dans le système par manque de personnel aux greffes. J’ai encore reçu en décembre le paiement d’une facture que j’avais introduite il y a presque deux ans ! Et la justice me doit encore un montant considérable. Heureusement, depuis janvier, nous ne devons plus avancer la TVA tant que nous ne sommes pas payés. Nous ne devons donc plus jouer les banques, mais cette solution est tout de même bidon. 

 

LÉONORE TROUSSEL (ST.)

 
 

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